La bio à Maurice: difficile mais pas impossible.

Suite à l'émission de radio à laquelle Caroline m'a invité, sur Radio Plus, j'ai décidé de reprendre ici les causes de la difficulté de produire des légumes bio à Maurice.

 

Cela fait maintenant 2 ans que je suis à Maurice et grâce à mes activités et expériences j'ai maintenant un aperçu des enjeux de l'agriculture biologique locale.

 

Il faut tout d'abord prendre en compte que l'agriculture bio est une méthode de culture assez récente sur l'île. Voilà ce que cela engendre:

 

     La première des problématiques à l'application du bio à Maurice, c'est qu'il n'y a pas de semences biologiques disponibles que ce soit pour le particulier ou le professionnel.  Les graines

de légumes peuvent être roses à paillettes, vertes, bleues, rouges, violettes, ... Même les graines qui ne semblent pas colorées sont traitées. Le porte graines, plante sélectionnée pour produire les graines à semer de la génération suivante, est cultivé de manière conventionnelle, avec toute l'artillerie que cela sous entend. Lorsque le porte graine est traité et nourri avec des fertilisants chimiques, les graines qu'ils produit sont adaptées a ce type de culture. Ainsi elles supporteront moins bien les doses plus faibles, les sols plus pauvres, les ravageurs, etc. En bref elles ne sont pas rustiques. Tandis que les graines issues de portes graine conduits en agriculture biologique s'adaptent.

Puis, lors du stockage, il y a aussi des traitements de conservation ou anti-fongique (contre les champignons) et des insecticides.

 

SOLUTION(S):

SensiBio vous conseille de faire tremper les graines 24h avant le semis (cela dépend des graines, ce n'est pas réalisable pour toutes, par exemple c'est plus difficile pour la carotte), d'effectuer deux rinçages à l'eau claire, puis d’enfiler un gant et en laissant les graines dans l'eau les frotter entre vos doigts pour éliminer un maximum le produit. Rincer à nouveau et semer.

Le trempage a un double effet, puisqu'il arrête la dormance ("hibernation") de la graine et active donc sa germination. La levée en est plus rapide.

Vous pouvez aussi acheter les graines des marques Tézier, Vilmorin et les Doigts Verts qui seraient autorisées par le label Ecocert suite à une dérogation. Ceux sont des graines cultivées de manière conventionnelle (avec engrais et produits phytosanitaires chimiques) mais dont les graines ne sont pas traitées après récolte.

 

   

 Le second problème qui n'est aussi pas des moindres, c'est l'accès aux produits biologiques pour la fertilisation et le traitement des légumes si nécessaire. Car oui, en agriculture biologique on traite les légumes mais avec des produits qui respectent l'environnement et la personne.

     Voyons pour la fertilisation. On parle souvent de compost. L'acheter, le fabriquer ? Le fabriquer demande un peu de technique et de temps, l'acheter: attention à la qualité ! (prochainement, un article sur le sujet). Et quand on a une carence spécifique, où trouve t-on le complément nécessaire ? Il y a des engrais liquides qui sont disponibles, mais attention à la composition car il n'y a encore aucune réglementation localement. Les produits certifiés écocert peuvent être utilisés mais concernant les labels et les appellations d'autres pays comme l’Australie, l’Afrique du sud, l'Inde, ... attention les lois de l'agriculture ne sont pas les même et changent d'un pays à l'autre.

   Quant aux pesticides, la gamme est assez restreintes et/ou onéreuse et difficilement accessible car les différents revendeurs ne sont pas ou peu connus.

 

SOLUTION(S):

SensiBio vous conseille de prévenir plutôt que guérir en réalisant une protection des cultures préventives et/ou mécanique, c'est à dire grâce à des filets par exemple.

 

     Pourquoi une pression aussi forte des ravageurs et des maladies ? Dans une zone tropicale, il n'y a pas réellement d'hiver, donc les larves et les œufs ou le ravageur lui-même ne sont pas éliminés par le froid. De plus, ces espèces sont souvent virulentes avec une reproduction rapide et en grande quantité. Et le climat humide favorise grandement les maladies fongiques.

Il faut aussi considérer qu'il reste moins de deux pour-cents de forêt endémique à Maurice et que l'usage de produits chimiques à grandement impacté la présence des auxiliaires et parasitoïdes (insectes ou bactéries qui se développent sur ou à l'intérieur d'un insecte et qui inévitablement tue l'hôte) qui aurait pu naturellement nous donner un coup de main au jardin.

 

SOLUTION(S):

Limiter l'accessibilité des pestes/ravageurs aux légumes en mettant en place des techniques préventives et mécaniques.

Pour lutter contre les maladies fongiques, il faut gérer l'humidité et l'irrigation autant que possible mais aussi adapter la densité en fonction de la saison.

Utiliser des variétés de légumes plus ou moins résistantes à certaines pestes ou maladies, ou encore vous pouvez avoir recours à la greffe dans certains cas, comme pour lutter contre les nématodes.

 

   

 Maintenant que vos légumes sont prêts à récolter, où et comment les écouler ? Différentes débouchées sont possibles dont les livraisons à domicile mais il faut avoir un chauffeur, un transport et une grosse production pour que cela soit rentable. Vous pouvez aussi vendre en gros ou aux restaurateurs (attention au prix de vente, cela devrait être le planteur qui le fixe raisonnablement* et pas l'acheteur!). Ces deux solutions sont plus difficilement accessibles pour les très petits planteurs qui peuvent par contre vendre au marché/bazar par exemple, ou avoir une très petite clientèle à livrer aux alentours de leur ferme, et pourquoi pas faire de la vente à la ferme directement.

Tout cela demande du temps et de la recherche en plus des nombreuses heures qu'il faut déjà passer dans le karo.

 

  La main d'oeuvre: vieillissante et rare, la main d'oeuvre appliquée est difficile à trouver: travail trop dur et sale, salaire peu attractif, ... et pourtant quel beau métier ! Et quelle fierté de pouvoir produire tout ou partie de sa nourriture. J'essaierai un jour de vous convaincre de la beauté de ce métier.

 

  Le dernier point que je vais évoquer concerne la formation. Il y a peu de formation en agriculture biologique disponible à Maurice. Celles qui ont lieu ne sont pas reconnues et pour cause, elles ne sont sans doute pas adaptées aux professionnels du métier: incomplète, souvent théorique mais sans pratique sur le terrain, avec un coût élevé.

 

 

 

SOLUTION(S):

SensiBio (formatrice certifiée par la MQA) propose une formation en trois modules, indépendants mais complémentaires, qui convient autant au particulier qu'au professionnel. Elle aborde les bases indispensables de l'agriculture biologique: en voilà le programme. Cette formation est théorique et pratique et se déroule sur 6 jours. Afin de donner ses chances aux personnes en difficulté, SensiBio a mis en place pour les sessions de mai et juin 2018, un partenariat avec Caritas - Solitude. Pour une personne inscrite, SensiBio formera gratuitement une bénéficiaire afin qu'elle subvienne aux besoins de sa famille et puisse travailler.

 

 

 

Ces problématiques ne sont pas exhaustives et concerne uniquement la production de légumes.

 

Le tableau semble noir, disons qu'il est gris pour le moment, mais j'ai une bonne nouvelle, cela peut évoluer. L'agriculture biologique est difficile à Maurice mais pas impossible. Des initiatives sont prises dans ce sens par les particuliers, les associations, les groupes mauriciens, le gouvernement, les planteurs eux même... et SensiBio que vous pouvez contacter par ici.

 

 

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